Par Julia le mercredi 6 novembre 2019

Interview de Nathalie, fondatrice de Ofildumekong

Bienvenue sur Talk by Digidom ! Digidom, c’est la société de domiciliation plébiscitée par des milliers d’entrepreneurs. Nous sommes l’adresse du siège social et la boîte aux lettres de plus de 5000 sociétés. Derrière chaque société se cache un entrepreneur, ce qui fait de Digidom une grande coloc » d’entrepreneurs. Nous souhaitons partager avec vous leur projet, leur histoire et leur vision. 

Pour commencer, peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai réalisé un parcours dans la finance, j’ai travaillé dans une banque pendant 7 ans. Celle-ci a ensuite amorcé un nouveau cap et je ne pouvais plus continuer sur le poste que j’occupais, d’où une remise en question personnelle comme beaucoup de personnes. J’avais dès lors vraiment besoin de faire quelque chose qui correspondait à mes valeurs, c’est comme cela qu’est venue l’idée d’Ofildumekong. Ce virage à 180° s’est fait petit à petit, pour appréhender le commerce équitable, l’artisanat et surtout l’import avec un pays qui n’est pas du tout structuré dans cette optique, que ce soit du point de vue de la mentalité ou des moyens d’optimisation du travail. La culture et les rapports y sont très différents ; étant d’origine sino-cambodgienne, il y a une vraie histoire avec mes parents, j’avais envie de leur rendre hommage et de leur dire merci pour tout ce qu’ils ont fait, pour ne pas oublier d’où nous venons et ceux qui n’ont pas eu la chance de venir ici suite au génocide.

J’avais envie de créer un pont entre la France et le Cambodge. Ofildumekong est un peu cela : la délicatesse, l’authenticité, le savoir-faire, la finesse du travail alliés au chic et au contemporain français, pour surprendre des deux côtés. Cette idée a émergé entre fin 2014 et 2015 et officiellement fin 2016. Je sortais d’une période difficile suite à ma réorientation et il me fallait générer mon propre épanouissement, me rendre utile plutôt que de retourner quotidiennement vers un endroit sans aucune motivation, pour dépenser de l’énergie sans entrevoir une finalité autre que le salaire.

Comment as-tu lancé Ofildumekong ?

Au début ça a été assez difficile, car étant salariée et compte tenu du passé familial j’ai toujours eu peur de manquer. J’ai beaucoup hésité et douté, puis ma famille s’est prise au jeu ; j’avais organisé avec mon père un voyage familial au Cambodge en gardant un côté authentique, je voulais que mes parents viennent parce qu’ils sont nés là-bas, pour visiter des petites structures auxquelles des gens n’ont pas accès. Nous sommes donc partis dans des petits villages difficiles d’accès et j’ai eu l’idée d’acheter du stock. En revenant en France, j’ai donc eu un déclic, je ne pouvais plus reculer après une telle dépense, il fallait que je le liquide. Nous nous sommes ensuite lancés en réfléchissant aux produits et la manière avec laquelle nous allions les vendre. Ce n’était pas possible via des boutiques : à Paris tout est beaucoup trop cher et nous n’avions pas de trésorerie. La problématique a consisté ensuite à nous faire connaître. Finalement de fin 2016 avec l’immatriculation, jusqu’à fin 2017, il ne s’est pas passé grand-chose ; nous avons surtout travaillé notre identité, nos visuels, notre organisation en interne, etc. Nous n’avons donc démarré que fin 2017 avec les marchés de Noël. Nous étions absents des réseaux sociaux, ce n’est donc que via une très petite communauté de proches et une petite boutique ouverte durant 3 mois que tout cela s’est mis en place. Aujourd’hui je vais devoir lever le pied quelque peu du fait de ma grossesse, c’est pour cela que nous lançons actuellement une campagne Ulule. 

Tu lances donc cette campagne Ulule pour passer un second cap du point de vue de la communication ?

Oui, clairement ! Nous avons tellement travaillé sur la manière de créer du lien avec des personnes, ce serait ne pas les respecter que de ne rien lancer durant cette coupure. Nous voulons créer un impact fort autour de nos produits et de notre univers pour revenir ensuite en pleine forme à la rentrée. Mais il y a 2 étapes : la communication et la trésorerie, que nous avançons toujours conformément à notre philosophie.

Es-tu passé par la « phase 24/24h » celle dans laquelle s’enferment jour et nuit certains entrepreneurs qui commencent à vendre ?

Nous sommes sur du 36/24h ! Quand on lance un projet, il est tout le temps dans la tête, même le week-end. Nous avons passé un second cap avec les marchés de Noël, nous avions beaucoup de choses à travailler pour être prêts, ça a donc été une course ! Cédric, mon compagnon, a un autre travail en parallèle qui lui prend énormément de temps, nous devions travailler sur notre projet en soirée et durant les week-ends, nous rendre sur Paris pour des évènements… c’était du non-stop !

C’est ton épanouissement qui te permettait de tenir ?

Oui, la fatigue est plus importante que celle que l’on éprouve dans le salariat ; actuellement je me réveille à 4 ou 5 h du matin pour consulter mon portable, impossible de dormir ensuite. Par contre j’éprouve une satisfaction avec les retours clients qui nous disent à quel point notre travail est singulier, qu’il faut absolument continuer. Ça m’a beaucoup aidé dans les moments les plus difficiles durant lesquels le corps et la tête ne suivent plus. Derrière il y a des familles, des villages entiers qui comptent sur nous. Ce n’est pas comme une entité industrielle qui pourrait être reprise ; nous sommes allés voir des gens qui avaient été laissés à l’écart du marché, ce n’est pas envisageable de les lâcher du jour au lendemain.

Comment as-tu intégré les marchés de Noël ?

Premièrement grâce une connaissance professionnelle qui gérait elle-même un marché de Noël, puis par internet via des listes d’inscription aux marchés de Paris. Nous avons sans cesse relancé les mairies pour obtenir une place. Dans l’entrepreneuriat, je pense que si l’on n’a pas de culot, c’est mort !

Combien êtes-vous chez Ofildumekong ?

Nous sommes 5 associés auxquels s’ajoutent mes parents dans une moindre mesure, juste quand nous nous rendons au Cambodge. Puis il y a Cédric et une de mes sœurs. Pour ma part j’y travaille tous les jours, mais ce n’est pas encore assez !

Comment se passent la sélection et la vente de produits ?

Pour l’instant nous avons réalisé 3 voyages professionnels. Tous les produits présents actuellement ont été choisis un par un. Pour ces artisans, ce n’est pas du tout naturel de manipuler la technologie numérique, rien ne se fait à distance pour le moment. Cela devra passer par une période d’apprentissage, car nous aurons besoin à terme de nous structurer de cette façon. Pour l’heure, nous passons 2 ou 3 jours à débusquer dans les boutiques une gamme de produits. Je suis un peu plus folle que les autres dans cette phase de recherches !

En ce qui concerne la douane, je fais appel à un transporteur, car c’est une tâche trop compliquée pour nous. Tout vient par bateau pour le moment.

Quand se termine la campagne de financement ?

Le 31 mai 2018. Nous l’avions préparé depuis 1 an environ et depuis 5 mois nous sommes vraiment à fond dessus ! Du fait de ma grossesse et les nombreux reports, nous avons dû la limiter à 21 jours, elle représente un moment véritablement charnière de notre activité. Beaucoup de personnes sont intéressées et elles sont vraiment surprises quand elles viennent à notre rencontre, elles découvrent de jolies choses et veulent rester informées. Cette période de fête des Mères est par exemple une occasion immanquable d’offrir des objets de grande qualité, uniques et chargés d’histoire à ses proches à des prix très attractifs. Il y a vraiment une relation de confiance entre nos clients et nous, très personnelle.

Cette campagne s’est faite petit à petit avec un objectif unique au départ ; puis elle a évolué à la suite d’une ouverture de boutique aux Batignolles pendant 10 jours où nous avons rencontré une autre clientèle, un peu plus huppée, sensible à l’histoire et avec un fort potentiel d’achat. Nous nous sommes rendu compte à cette occasion que pour les épices, que mon compagnon avait la bonne idée de lancer alors qu’elles n’étaient pas prévues officiellement, nous avons été immédiatement en rupture de stock. Par exemple notre poivre de Kampot est connu pour être le meilleur au monde, et nous le cultivons de manière artisanale et ancestrale, sans pesticides ni produits chimiques, chaque pied est planté à la main. Notre sucre est tout aussi addictif : les gens qui l’ont goûté reviennent nous en acheter, car ils ne le trouvent nulle part ailleurs. Nous avons donc pris conscience que toute une variété de produits pouvait être proposée pour satisfaire tous les goûts.

Le plus long à mettre en place dans une telle campagne c’est le storytelling, d’autant plus qu’Ofildumekong proposait d’emblée quelque chose de différent pas rapport à nos potentiels concurrents, avec une histoire très forte. Il m’a bien fallu un an pour livrer une version finale de notre storytelling. Du coup, les gens qui se rendent sur notre site reviennent pour beaucoup vers moi parce que ce storytelling les a particulièrement accrochés et cela me surprend toujours, car c’est devenu naturel pour moi de raconter mon histoire. Ensuite il a fallu cibler la clientèle et réaliser un gros travail de photographie et de vidéo. Pour finir, il fallait décliner ce storyteling pour chacun de nos produits en racontant leur provenance le plus fidèlement possible afin d’inviter un maximum de monde à partager cette histoire.

Qu’est-ce que tu conseillerais ou déconseillerais à un jeune qui voudrait se lancer ?

S’il est vraiment persuadé que son projet est porteur, il faut qu’il continue d’y croire quitte à être un peu fou. Il faut avoir à la fois la capacité de supporter une surcharge de travail et de rebondir face aux baisses de régime. D’autant que l’administration se soucie peu de savoir si tu portes un projet social ou non !

De notre côté nous avons fait un choix assez sécurisant qui était de capitaliser mon assurance chômage pour ne pas prendre de risques démesurés. Je dis toujours à nos clients et nos artisans que sans eux nous ne sommes rien, si ce n’est un maillon entre les deux.

Être entrepreneur implique aussi de tester beaucoup, d’échouer par moments tout en apprenant de ces échecs, d’être déçu, stressé, mais comme on me l’a toujours dit : « la peur se dissout dans l’action ».

Par Julia le mercredi 6 novembre 2019

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